L'Eglise face à la tempête médiatique

Éditorial de Monseigneur Raymond Centène à paraître dans la revue diocésaine « Chrétiens en Morbihan » du 31 mars 2016.

« C’est une véritable tempête médiatique qui s’est abattue sur l’Église de France à l’occasion de la dernière assemblée plénière des Évêques.

 

Le premier d’entre eux était accusé de « non dénonciation de crimes et de mise en danger de la vie d’autrui » à la suite de la révélation d’affaires de pédophilie concernant des prêtres du diocèse de Lyon.

Pendant près d’une semaine, l’Église a été l’objet de critiques acerbes de la part des médias maniant l’amalgame, tandis que des hommes politiques de premier plan, oublieux de la séparation de l’Église et de l’État, de la présomption d’innocence et de la séparation des pouvoirs garante de la démocratie, appelaient, à mots à peine voilés, la démission du Cardinal Barbarin.

Amalgame, généralisation, bouc émissaire, tous les prêtres seraient-ils pédophiles ? Tous les pédophiles seraient-ils prêtres ?

Chacun d’entre nous a pu se sentir sali, humilié, montré du doigt, regardé de travers.

Certes nous savons que la plupart des actes de pédophilie ont lieu dans le cadre familial, 7 sur 10 d’après les statistiques, mon expérience d’aumônier de prison me l’a souvent confirmé, et que la pédophilie toucherait le clergé dans des proportions marginales, moins de 1.8 %, ce qui augmente notre sentiment d’injustice face au battage médiatique subi.

« Notre première pensée vers les victimes »

Pourtant, les faits reprochés existent et notre première pensée aujourd’hui doit se porter vers ceux qui en sont les victimes, vers ceux dont la vie a été détruite, dont la confiance a été trahie, dont les sentiments ont été abimés, vers ceux chez qui l’image du Père a été rendue illisible par ceux-là mêmes qui avaient pour mission de la révéler, de la faire aimer.

A ce stade, nous voyons bien qu’il y a là un contre témoignage démoniaque. Le Saint Père ne comparait-il pas la pédophilie à une messe noire ?

Les blessures infligées, à l’image du péché originel, se transmettent parfois sur plusieurs générations.

Je me souviens de cette femme, incarcérée pour complicité à la prison de Perpignan qui me disait un jour : «  Quand mon mari a commencé à abuser de ma fille, je n’ai rien dit parce que je croyais que c’était normal, mon père avait agi de la même manière avec moi. »

Nous sommes dans l’ordre du combat spirituel et nous devons accepter de passer par une purification.

Aujourd’hui, nous voulons faire nôtres les paroles du Pape François : « je me sens dans l’obligation d’assumer le mal commis par quelques prêtres et de demander personnellement pardon pour les dommages qu’ils ont causés en abusant sexuellement des enfants ».

« Ces scandales blessent aussi l’Eglise »

Ces scandales blessent aussi l’Église. Alors que tant et tant de prêtres donnent le meilleur d’eux-même, donnent leur vie, leur temps, donnent tout leur amour, parfois jusqu’à l’héroïsme au service de leurs frères, voilà qu’ils sont mis en cause,  insultés, dénigrés, à cause de l’irresponsabilité criminelle de quelques-uns. A ces prêtres de terrain, fidèles à leur mission, ils sont l’immense majorité, je veux redire ma confiance et ma gratitude.

Les circonstances difficiles que nous vivons  nous appellent à prendre des mesures claires : privilégier l’écoute et l’accompagnement des victimes, les inviter à porter plainte, dénoncer les faits à la justice et collaborer loyalement avec elle, ne pas hésiter à sanctionner canoniquement ceux qui se sont rendus coupables de tels actes.

Plus fondamentalement, chacun de nous doit revisiter l’essence même du sacerdoce qu’il a reçu et analyser sa place au cœur du monde où nous vivons.

Beaucoup de repères ont été brouillés par la sécularisation, le relativisme, les effets de la révolution morale des années 70, le passage d’une sexualité procréative à une sexualité « récréative ».

C’est dans ce monde que nous vivons et c’est dans ce monde que nous devons témoigner de la lumière du Mystère Pascal.

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